La Gâchette du Maroc : Magazine satirique marocain
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Wlad franssa nya !
16.08.2005
Si différence il devait y avoir entre wlad blad et wlad franssa, c’est sûrement au niveau de leur débrouillardise, de leur ruse ou de leur malice.
On entend souvent dire : « Wlad franssa rahoum nyia ». Les marocains nés en France (et par extrapolation les marocains nés à l’étranger) sont naïfs. Quelles sont les causes de ce caractère naïf de ces jeunes marocains de l’étranger. Sont-ils constitués différemment ? N’ont-ils pas le même sang marocain qui coule dans leurs veines ? Sont-ils génétiquement modifiés comme le maïs Yankee ?
Non, la naïveté n’a à priori aucun caractère héréditaire ou génétique. Est-ce alors une raison d’éducation qui fait que deux frères élevés séparément, l’un au Maroc et l’autre en France ou en Belgique, soient aussi différents ? Apparemment pas vraiment. Les parents de l’enfant né en France n’ont pas forcément donné une éducation différente de celle qu’ils auraient donné à leur enfant au Maroc.
Non, tout cela vient de deux choses bien distinctes.
Je m’en vais vous expliquer ma théorie. Pour cela je mets mes lunettes d’intellos.
Tout d’abord, le jeune marocain de France arrivé à Khouribga n’est plus dans son élément. Il n’est plus dans son environnement familier, celui qu’il côtoie tous les jours et ses repères peuvent ainsi être brouillés. Une personne arrivant dans un pays « étranger » -même si le Maroc reste son pays d’origine- n’a pas les mêmes repères et ne peut donc faire preuve de débrouillardise voir de roublardise. D’ailleurs les marocains nés en France (MNF) ne sont pas les seuls, puisqu’un marocain né au Maroc (MNM) mais parti en Europe poursuivre ses études aura les mêmes problèmes. Ses repères, qu’il le veuille ou non, sont légèrement modifiés et il commence à assimiler, à intégrer la culture du pays d’accueil. A son retour au Maroc, il y a de fortes chances pour que ses amis lui sortent : « Wa t’bedelti. Malek ? ». Là aussi il risque de se faire traiter de naïf, de nesrani.
Nous avons ainsi, au fil de notre explication, transité vers la deuxième raison de la naïveté de ces jeunes MNF. Ils sont nés et ont grandi dans une société dans laquelle des règles sont transmises et un cadre du vivre ensemble établi. Ce cadre n’est pas forcément le même que celui du pays de leurs parents. Ils ne comprennent pas pourquoi il y a autant de mendiants, pourquoi il faut donner de l’argent pour une simple fiche d’état civil, pourquoi un voleur se fait lyncher dans un souk, etc. Ce sont des codes qu’ils n’ont pas car ils ne sont pas sur le même référentiel sociétal, même si leurs parents ont réussi à leur en transmettre quelques bribes. Et le MNM qui a passé quelques années en France, Belgique ou au Royaume-Uni est dans une situation pas très éloignée. Quand il retourne au Maroc, il lui faut faire un effort pour s’adapter à nouveau aux règles en vigueur dans la société marocaine, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.
Revenons-en à notre nya. Avec ces deux paramètres que l’on vient de développer, il est compréhensible qu’un MNF soit quelque peu déboussolé et qu’il n’ait pas les mêmes automatismes pour être à l’aise et paraître dégourdie au Maroc. Alors on se moque d’eux, on joue avec eux, on les bouscule, on les arnaque, on les violente même dans certains cas.
Pour illustrer la naïveté un peu extrême d’un MNF, voici une anecdote véridique.
C’est Momo, un jeune MNF parti avec son père et sa mère en voiture au Maroc. Arrivés à Sebta, ils sortent du bateau et se dirigent vers une station service pour faire le plein de carburant. Comme souvent dans cette zone portuaire, des hordes de mendiants hommes, femmes et enfants harcèlent les cibles naïves fraîchement débarquées. Quelques dirhams et vous vous débarrassez de la première vague, mais c’est là qu’arrivent d’autres mendiants désireux d’avoir leur part du gâteau. Tandis que notre Momo était au volant de la voiture et son père en co-pilote, arrive une femme avec son enfant en demandant l’aumône. Le père Hajj, la main sur le cœur, demande à son fils de lui donner un petit quelque chose fissabilillah. Momo s’exécute, il sort un billet de 200 Dhs et le tend à la mendiante. Surprise, celle-ci n’en perd pas pour autant le nord. Elle met son billet en lieu sûr, sous sa jellaba, et prend la poudre d’escampette. Le père demande alors à son fils : « Mais combien tu lui as donné ? »
- « 200 Dhs ! »
- « Kifach ? Rak h’bil ? Goultek 3teha srief ounta 3tita 200 Dhs. Ah willi 3ala weld nya hada!! »
La mendiante a dû également tenir un peu le même jugement et elle a sûrement remercié sa bonne étoile qui lui aura ainsi permis de tomber sur un « weld franssa nya bi akta daraja ». L’essentiel n’est-il pas que cela ait été fait fissabilillah ?
Bouchta Jebli | Copyright La Gâchette du Maroc
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