La Gâchette du Maroc : Magazine satirique marocain

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Les bateaux … poubelles

16.08.2005

Comanav, Comarit, TransMediterranea, Buquebus, FRS, … sont sûrement des noms qui vous parlent. Si je continue par Algeciras, Tanger, Sebta, vous voyez très bien où je veux en venir.

La traversée de la méditerranée est la dernière frontière pour les millions de marocains se rendant chaque été dans leur pays d’origine. Une frontière particulière car naturelle, elle est surtout le passage entre l’Europe et l’Afrique, entre l’Espagne et le Maroc. Les détracteurs ajouteront qu’elle est la frontière naturelle entre le sous-développement et les pays développés. Passons !

Après quelques heures d’attente à Algeciras (ne vous plaignez pas, dans les années 80 c’était plusieurs jours d’attente), vous vous retrouvez dans votre bateau, direction Marruecos. Pour les plus aisés et les plus pressés, le choix se portera sur les fast-ferrys ; pour les économes, on délaissera les fast & furious pour naviguer à bords des gros tanks plus lents et plus bruyants.

A l’intérieur, les plus déjantés vont dormir dans la voiture au milieu des odeurs d’échappements. Peut-être ont-ils peur de se faire voler, ou bien sont-ils pressés d’arriver au Maroc ?
La grande majorité se retrouve sur le pont à contempler les côtes espagnoles qu’ils quittent avec joie pour rejoindre les côtes marocaines tant désirées. Le rocher de Gibraltar n’étant plus en vue, on se presse dans les Duty free, les bars ou cafés du bateau pour s’offrir un canon ou un petit noir.

Mais le cœur d’activité dans le bateau est sans conteste les toilettes. Une file d’attente interminable s’est formée devant les waters.
Malhoum ? Ils ont tous des diarrhées chroniques ?
Chez les femmes on se pouponne, on se bichonne, on masque les deux jours de routes qui auront fait des dégâts au niveau du ravalement de façade. Certaines se rasent sous les aisselles, d’autres s’épilent les jambes, les poubelles sont pleines de serviettes plus vraiment hygiéniques. Une véritable kermesse, je ne vous explique pas l’état sanitaire des sanitaires. Un véritable champ de bataille.

Chez les mâles ce n’est pas mieux. On se rase, on se coiffe, on se rafraîchit, on se rhabille. Pour les s’hab la bogossité on s’enduit de gel coiffant ou de pento et s’asperge de parfum. Ca sent la cocotte en moins d’une minute, les flaques d’eau et les morceaux de papiers toilette envahissent le sol. La vision est apocalyptique mais cela ne gêne nullement les marocains, entrant et sortant à tour de rôle.
Au milieu de ce désastre écologique, certains arrivent même à trouver l’envie de faire des choses interdites aux moins de 18 ans. Une anecdote –véridique- que je m’en vais vous relater si votre âge le permet, pour les mineurs passez directement à l’article suivant.
Un jour dans ces toilettes multiservices, des gémissements mi-féminin mi-masculin jaillirent des WC. Mon voisin de lavabo me regarda avec un sourire complice et me dit : « Ca travaille dur apparemment ! Ils n’ont pas pu attendre ». Deux jeunes copulaient avec bruit derrière la porte verrouillée des toilettes.

Ces sanitaires du moyen âge sont une vraie cour des miracles. Tous les phénomènes de la société marocaine à l’étranger s’y retrouvent.
Les gens entrent avec une mine défaite, les yeux marqués par le peu de sommeil, mal rasés, coiffés en pétard, et ressortent tels des colibris, soignés, frais, propres, sifflotant l’air d’une chanson marocaine.

Les pauvres femmes de ménage –souvent marocaines d’ailleurs- ont la lourde tâche de remettre un semblant d’ordre dans ces toilettes après chaque traversée. On comprend aisément que sans un minimum de civisme de notre part, les bateaux risquent de se transformer en poubelle.

Bouchta Jebli | Copyright La Gâchette du Maroc