La Gâchette du Maroc : Magazine satirique marocain

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Couple mixte et hibernation identitaire

27.09.2005

Pour le décryptage de ce mois un phénomène a attiré notre attention : les couples mixtes. Pour y répondre veuillez brancher comme à l'accoutumé votre décodeur made in Derb Ghallef, et endossons l'habit du sociologue de comptoir. Il faut préciser que Jilali Chtima3i est le sociologue le moins diplômé du monde.

Il faut au préalable définir ce qu'est un couple mixte. Est-ce l'union d'un homme et d'une femme ? Mixité des sexes effectivement. Est-ce l'union d'un jebli et d'une rifia ? Mixité des ethnies effectivement. Est-ce l'union d'un vieux cheikh et d'une jeune fille de fellah ? Mixité de générations, couplée à une mixité d'origine sociale. Un double-Mix en quelque sorte. Est-ce enfin l'union d'une riche héritière d'un bourgeois fassi et d'un zaïm du parti de l'Istiqlal ? Mixité de... Non aucune mixité. C'est ce qu'on pourrait appeler en France le communautarisme aristocrate. Mais c'est un autre problème, passons.

La mixité qui nous interpelle ici est celle qui unit un(e) marocain(e) à un(e) français(e). Vous remarquerez qu'avec mes (e) on peut balayer tout le champ des possibles. Comment ça h'chouma ? Soit on est moderne, soit on est islamiste. Moi je suis un islamiste moderne.
Les couples mixtes franco-marocains, belgo-marocains, canado-marocain, luso-marocain -non luso n'est pas un nouveau pays-, sont de plus en plus nombreux, mondialisation oblige, carte de séjour oblige.
Les couples franco-marocains sont particulièrement intéressants à analyser. De nombreux problèmes émaillent les relations époux-épouses. Comme tous les autres couples me direz-vous ? Soit mais il y a des problèmes qui sont propres à ce type de couples. Dans de nombreuses relations de ce type il y a une relation de dominant-dominé, de colon-colonisé. L'histoire joue un rôle important dans la vie de couple sans même que les protagonistes ne s'en aperçoivent. Au lieu d'être l'occasion de réelle mixité, d'échange, d'acceptation de l'autre, ce genre de couples peut devenir le réceptacle de la tyrannie, de la soumission, voire même de la xénophobie. Ainsi certains marocains voient en la femme française un moyen de se débarrasser de leur condition d'étrangers, d'immigrés, de sous-développés. Ils se placent donc en position d'infériorité et renient une partie de leur culture, de leur passé, de leurs origines... Dans ce cas, ce n'est pas la française qui veut dominer au préalable, mais bien notre marocain qui lui donne le fouet pour se faire battre. Cela peut se résumer par : "Je vénère ce que tu es, ta culture, ton histoire, ton mode de vie, et j'exècre tout ce que je suis, ma culture, ma religion, mon passé."
Il en est tout autrement pour certains français qui épousent une marocaine. Dans ce cas précis, il y a souvent un relent néo-colonial qui le pousse vers l'exotisme du sud de la méditerranée. La femme marocaine se laisse dominer soit par pragmatisme et intérêt, soit de manière inconsciente du fait de son éducation centré sur la figure patriarcale toute puissante. On retrouve là la figure emblématique du colon qui possède une femme indigène, objet de tous les phantasmes érotiques, flattant ainsi son ego de macho et son racisme à peine voilé.

Ces couples basés sur la dialectique dominant-dominé, présentent un profond malaise car une moitié a abandonné son identité -de manière forcée ou voulue- . Le malaise se transforme souvent en clash au bout de quelques années lorsque la partie marocaine se réveille après une hibernation identitaire prolongée, et qu'elle revendique son droit à la différence et sa place d'égale à égale dans le couple. Cette révolte est notamment présente lorsque les enfants apparaissent. Quel prénom choisir, quelle éducation lui donner, quelle religion lui transmettre ? Des questions qui surgissent comme autant de claques au visage du travesti identitaire.

Un sombre tableau que je vous dresse là du couple mixte et notamment franco-marocain. Mais vous aurez remarqué qu'à chaque fois j'ai pris le soin de mettre des nuances et de catégoriser une partie des couples mixtes et non tous. Nombreux sont les couples mixtes qui n'ont pas ces problèmes et qui vivent en bonne intelligence leur richesse culturelle et identitaire.


Pendant longtemps j'ai pensé que ces couples mixtes franco-marocains étaient sans problème car la partie qui, sur le papier, était dominée avait réussi à dominer le dominant. Vous me suivez ou je recommence ? En clair, les couples mixtes qui vont bien sont les couples où le marocain domine sa compagne et lui impose ses points de vues : "on appellera notre fils Bouchta et notre fille Fat'ma, c'est à prendre ou à laisser".
La femme marocaine mariée à un français, dans ce cas de figure, ne peut que difficilement prendre le dessus et asseoir sa domination sur le male français doublement dominant. C'était tout du moins mon interprétation au vu du peu de couples mixtes que j'ai pu rencontrer où la marocaine est mariée à un français et où elle n'est pas dans une situation de dominée.

Il apparaît néanmoins que cette analyse basée sur le rapport de force est trop caricaturale -bien qu'elle peut être vraie dans certains cas-. La réussite des couples mixtes ne vient-elle pas tout simplement d'une acceptation de l'autre comme il est, d'une ouverture d'esprit réciproque, d'une relation saine de tous sentiment de supériorité, d'amour sincère. C'est l'abandon de tout sentiment néo-colonial du côté français, et une identité acceptée et valorisée du côté marocain qui permet de construire un couple sans aucune pollution de l'histoire et des relations de pouvoir.
Il faut néanmoins souligner que les marocaines sont les plus mal loties. Le sentiment néocolonial est plus exacerbé chez l'homme français que chez la femme française. Si elle ne se soumet pas, et qu'elle n'endure pas les pires vexations, elle sera écartée au profit d'une autre petite marocaine qui fera fantasmer le vieux colon français, flattant ainsi son ego d'homme machiste et raciste. Quand elle fera le bilan de sa vie, elle constatera qu'elle a fait une longue et meurtrière hibernation identitaire.

Bouchta Jebli | Copyright La Gâchette du Maroc